Bahreïn (A.P.Hawzah)– Citant Mir’at Al-Bahrain, la prise de parole du grand ayatollah Cheikh Issa Qassem marque un tournant particulièrement grave. Lorsqu’une autorité religieuse de son rang affirme que l’avenir du chiisme à Bahreïn est confronté à une menace existentielle, cela traduit une réalité alarmante : la communauté chiite est désormais la cible d’une politique méthodique visant à l’effacer progressivement de la vie nationale. Il ne s’agit plus d’une simple politique de marginalisation ou d’exclusion, mais d’une véritable épuration confessionnelle. Les pressions exercées par les autorités ont atteint un niveau tel que le silence n’est plus envisageable. La politique menée dépasse désormais le cadre des restrictions et de l’isolement pour s’attaquer directement à l’identité religieuse, sociale et culturelle de cette communauté.
La campagne de répression sans précédent menée contre les oulémas emprisonnés, révélée par la Société nationale islamique Al-Wefaq, dépasse tout ce qu’une conscience humaine peut accepter. Il ne s’agit ni de dérapages individuels ni de simples dysfonctionnements administratifs, mais de crimes confessionnels organisés, planifiés et dirigés depuis les plus hautes sphères du pouvoir. Bahreïn n’avait encore jamais connu une telle escalade.
Une certitude demeure : le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa Al Khalifa, porte l’entière responsabilité de la sécurité physique et de l’intégrité de tous les religieux détenus. Tout retard dans l’arrêt de ces exactions, ou toute poursuite des politiques de punition collective et d’humiliation, ne fera qu’aggraver les fractures internes et attiser davantage la colère populaire. Un État ne se gouverne ni par la répression ni par l’humiliation de ses opposants, mais par la justice, le respect de l’État de droit et la protection de la dignité humaine.
L’erreur la plus grave que puisse commettre le pouvoir serait de croire qu’une politique de fermeté absolue peut résoudre une crise aux dimensions religieuses et nationales. Plus les violations des droits fondamentaux se multiplient et plus les citoyens ont le sentiment que leur identité et leurs libertés sont directement visées, plus les conséquences de cette crise seront lourdes pour l’ensemble du pays.
Cette situation appelle désormais une intervention urgente de la communauté internationale et des organisations de défense des droits humains. Celles-ci ne doivent plus prendre pour acquises les déclarations des autorités bahreïniennes sur la prétendue « coexistence pacifique » ou la supposée « tolérance » du royaume. Ce discours officiel ne convainc plus ni les observateurs internationaux ni les défenseurs des droits humains, en Orient comme en Occident. Il s’agit d’une crise humanitaire et d’une crise majeure des droits humains qui exige la création d’une commission d’enquête indépendante, une surveillance internationale effective ainsi que de véritables mécanismes de reddition des comptes. Il ne saurait être question de se contenter des récits officiels ou des campagnes de communication destinées à masquer la réalité.
La communauté internationale ainsi que les institutions de défense des droits humains ont l’obligation d’agir conformément aux normes internationales, de vérifier les faits sur le terrain et d’exiger que Bahreïn respecte pleinement ses engagements internationaux, notamment en ce qui concerne la protection des détenus et le respect de leur dignité.
Il n’est plus acceptable non plus que Bahreïn continue d’être présenté uniquement à travers l’image soigneusement mise en scène lors des conférences internationales, alors même que les appels à l’ouverture d’enquêtes sur les violations des droits humains se multiplient. La crédibilité d’un État ne repose pas sur des campagnes de communication, mais sur la transparence, la responsabilité et le respect de l’État de droit. Si les autorités sont réellement convaincues de la solidité de leur version des faits, elles devraient naturellement ouvrir le pays aux mécanismes indépendants d’établissement de la vérité. Tout retard dans cette démarche ne fera qu’alimenter les soupçons pesant sur le pouvoir et renforcer les demandes d’inscription de ce dossier à l’agenda des instances internationales.
À l’échelle du monde musulman, les principales personnalités religieuses et politiques des pays islamiques et arabes sont désormais appelées à constituer un front commun afin de mettre un terme au processus d’« élimination progressive » des détenus. Elles doivent assumer pleinement leur responsabilité morale et humanitaire, faire entendre leur voix pour garantir la sécurité, la dignité et les droits fondamentaux des prisonniers, et exercer des pressions en faveur d’enquêtes indépendantes sur les violations dénoncées. Lorsqu’il est question de religieux et d’oulémas jouissant d’une autorité spirituelle et sociale reconnue, le silence ne peut être interprété comme une simple neutralité ; il risque au contraire d’être perçu comme un renoncement à un devoir moral dans un moment décisif.
Alors que les inquiétudes suscitées par les violations des droits humains ne cessent de grandir, la publication de simples communiqués ne suffit plus. Une action coordonnée est désormais indispensable, associant les institutions religieuses, les organisations juridiques et les personnalités influentes afin de mobiliser tous les moyens de pression disponibles pour défendre les droits des détenus. Les atteintes à la dignité humaine et aux droits fondamentaux ne peuvent être réduites à une question strictement nationale. Elles exigent une mobilisation internationale large et responsable pour mettre un terme aux agissements que le régime Al Khalifa est accusé d’avoir récemment multipliés contre tout ce qui est lié à la communauté chiite de Bahreïn.




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